Penser l'effondrement

Penser l'effondrement pour mieux le vivre

 

Prolongeant l'objectif du guide "Quand tout s'effondre" de Catherine Verne publié aux Editions Libre et Solidaire, voici des commentaires et des analyses décortiquant l'actualité ou explicitant le processus en cours de l'effondrement. De quoi prendre du recul sur notre crise multiforme de sorte à mieux orienter son action.

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  • Demain est un autre four

    Des pics de chaleur sont enregistrés cet été.

    Le déréglement climatique se manifeste de plus en plus et couvre la planète.

    demain est un autre four

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  • Réinventer l'habitat

    A l'heure de l'effondremement, des initiatives innovantes sont à l'oeuvre pour relever les défis actuels en matière d'habitat.

    Zoom sur un projet architectural nommé ReGen Village.

     

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  • Que faire face à l'actualité anxiogène ?

    Du sentiment d'impuissance face à l'actualité anxiogène.

     

    tout fout le camp

     

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  • Jeux d'influence

    Une série engagée de Jean-Xavier de Lestrade et Antoine Lacomblez sur le lobby économico-politique des fabriquants de pesticides

    jeux d'influence

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  • Ils ont voulu se mettre au vert

    Las d'un mode de vie citadin, ils ont tout quitté, tout vendu, tout bravé pour s'installer au vert.

    Pourquoi ils en reviennent parfois, plus amers qu'avant.

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  • Les dernières fois



    Bientôt quinze ans que s’est éteint un cétacé, le dauphin du fleuve Yang-tsé.
    Tu veux bien me dire ce que c’est maintenant le fleuve Yang-tsé sans lui ?
    Et tu sais combien de gens s’en contrefichent du dauphin que je pleure ?
    La terre se dépeuple au bas de mon immeuble, la jungle rétrécit aux portes de ma ville, le ciel ne s’ouvre plus aussi profond aux oiseaux.

    dolphin
    On devrait faire des minutes de silence pour ces animaux partis trop tôt, comme on fait aux sages pour qui des chefs de nation se déplacent en grande pompe et qu’on regarde se recueillir à la télé, la cuillère à soupe levée. Moi, j’ai pleuré ce dauphin devant mon écran d’ordi toute seule. Comme j’avais pleuré le tigre de Tasmanie déjà, la roussette d’Okinawa, l’onagre de Syrie, le lion du Cap et le grizzli mexicain, tous disparus de la planète avant lui. Tu me diras que je les connais pas, c'est vrai. J’ai beau pas les connaître, j’imagine.
    J’imagine combien l’hippopotame manque à l’île de Madagascar, je crains pour les tortues et les abeilles, tous futurs héros de la rubrique nécrologie. Et je me souviens des rhinocéros noirs là où j’ai grandi, en Afrique de l’ouest : ils faisaient partie du décor et voilà que le dernier, paraît-il est mort en 2011. Je l’ai même pas su. On n’en parle pas entre les pubs sur le net. Tu te rends compte, le rhinocéros, c’était aussi normal pour des enfants comme moi d’en voir que l’hirondelle au printemps chez toi.

    Mon enfant peut-être n’en verra jamais. L’enfant de mon enfant sans doute n’en verra jamais. Ni des tigres de Tasmanie, ni des lions du Cap. Même l’éléphant que je côtoyais en Afrique, celui qu’a monté mon enfant en Asie, eux aussi disparaitront du paysage terrestre dans l’espace de quoi ? la durée d’une vie humaine, et je suis déjà à la moitié de l’espérance de la mienne.
    Un instant j’imagine une terre inanimée flottant dans l’obscurité astrale : on en a gommé les espaces verts, c’est un monde plus gris que bleu, gris du bitume et du béton, gris du ciel de plomb que réfléchissent nos tours de verre parce que y a plus que ça à nous renvoyer, la nature nous confronte à notre propre vide intérieur. Plus de tounga, de taiga, de mangrove, de récif corallien. Si si, c’est prévu. Et moi toute seule devant la baie vitrée, à compter les oiseaux migrateurs en plein vol, ceux qui ont réussi à arriver au bout… du canon d’un connard de chasseur désoeuvré ce dimanche.

    à compter les oiseaux

    Alors je pleure le dauphin du fleuve Yang-tsé, que tu connais pas plus que moi, sûr, que t’as jamais vu parce que toi non plus t’es jamais allé là-bas ptet, mais là-bas ça touche ici, c'st à l’envers de notre endroit dans le monde où les fuseaux dessinent des zones horaires aussi artificielles que les frontières politico-géographiques. Ailleurs n’a de sens que parce qu’il y a là où nous sommes. Mais c’est partout à côté d’une espèce en train de disparaître.

    Je crois qu’il n’y a que de la lumière partout qui relie toute chose, les étendues glacées sibériennes et les déserts de sel au Chili, l’herbe grasse irlandaise et le sable volcanique de la Réunion. Cette lumière, intacte, qui traverse toute chose est celle de la vie, celle qui palpite en deçà de ce décor sinistré.
    Cette belle lumière irréductible brûle et rouvre, heureusement, mes yeux salés par les larmes. Et j’ai pas fini. Va falloir stocker les kleenex…

    Mais la vie passera. Elle trouve toujours une voie. Je compte les oiseaux pas encore tombés. Crois-moi, mon temps libre, je vais pas le passer à remplir un caddy le matin et élire le soir miss monde sur la 6 avec mon ipad en wifi. J’emmènerai mon enfant découvrir ce qui sera bientôt recouvert. Cueillir la mangue à même l’arbre. Ecouter le chant rare des loups. Et on a encore quoi? vingt, trente ans pour nager au milieu des poissons avant qu’eux aussi ne s’effacent du décor. Alors on ira snorkler. Crois-moi on ne le fera pas qu’une fois. Parce qu’un jour, un certain jour, dont on n’aura pas été prévenus, et dont on parlera pas en rubrique nécro à la télé, ce sera la dernière.

    snorkler


    Simplement un type comme moi maintenant surfera sur le net et lira sur un site l’info anecdotique, qu’il n’y a plus de poissons dans l’océan depuis cette année-là, où je bronzais en vacances à Maurice en famille. Alors je me dirais : « merde, j’y étais, et j’ai rien fait. » ? Hors de question ! moi, j’ai choisi, enfin je sais pas si ce sont des trucs qu’on choisit ou qui vous choisissent, ça se fait comme ça, on ne s’est juste pas posé la question : tu sens que ta place est là où ça souffre, où ça trépigne de rage pour voir l’oppresseur tomber enfin, fût-il intérieur, là où ça se relève chute après chute pour avancer quand même. Quant à moi je fais le guet aux portes du subconscient de certains spécimen d’une espèce qui me tient à cœur : elle est en voie de déshumanisation.

    Espèce en danger aussi, sauf que c'est pas la faute des autres animaux si elle en est là. Elle s’y est enlisée toute seule, et on remonte les manches pour lui tendre la main dans la boue où elle patauge, mais des fois on se dit que c'est tout juste si elle le mérite. Où seras-tu, toi quand on annoncera que c'est fini, les poissons dans la mer, les loups, et les pandas etc.? De quel combat seras-tu? Ou bien auras-tu déclaré forfait comme les autres ? tous ces autres, incollables sur le petit nom de la blondasse qui présente le Jt et qui ne savent même pas comment il s’appelait ce putain de cétacé qui s’est éteint en 2007 dans un foutu fleuve du bout du monde…

  • Le monde a besoin d'artistes engagés

    Je crois conciliables deux pôles souvent opposés par la pensée binaire : comme spiritualité et citoyenneté, allier mon esthétisme et mon engagement intellectuel me semblent des objectifs réalistes et par ailleurs nécessaires, tant le monde disqualifie la beauté et inhibe la révolte en même temps qu'il en stimule la double résistance, pour ne nommer que celle-ci, du fait même de s'employer à les éradiquer.
    En tant que philosophe et écrivain, je considère ma place à la fois auprès des artistes qui célèbrent et le beau et le vrai et le juste sans réserve ni concession, et de ceux qui, en acte, relèvent les manches pour leur octroyer un séjour tangible ici-bas qui soit tout sauf chimérique, et tant pis si je passe pour utopiste, je fais partie des enfants de Camus ou de Sartre.
    J'appelle donc tous ceux qui évoluent de même dans le milieu littéraire, et plus largement créatif, j'appelle peintres, dessinateurs, cinéastes, chanteurs, comédiens, à relever le défi qui se pose à nos consciences citoyennes. Car je vois comme vous peut-être fleurir moultes initiatives prônant un nouveau paradigme, qui au nom de tel gourou médiatique plébiscité sur Youtube, qui au nom de l'ère new-age récupérée par de pseudo-thérapeutes, qui au nom de politiciens arrivistes...

    Cependant, l'avenir mérite mieux que certains sursauts opportunistes ou atomisés, les impulsions sincèrement engagées retombant vainement dans l'indifférence générale. Non, c'est nombreux qu'il faut gonfler les rangs.

    imagine
    Artiste, vous sentez-vous à part de ce qui gronde dehors? Vous êtes-vous isolé à l'abri dans une tour d'ivoire qui vous préserverait du chaos? Vous voilez vous la face derrière l'écran opaque et flatteur d'oeuvres lisses? On ne crée pas en dehors de sa communauté mais depuis elle, par elle, pour elle, intriqué dans le tissu social, sinon toute œuvre a la valeur d'un hoquet pré-pubère éjaculé sous ses draps, d'un baiser de midinette à elle-même devant le miroir, d'un effet de manche pour affoler sa cour en transe si l'on adjoint par hasard au talent la gloire.
    L'on voit hélas nombre d'écrivains et autres créateurs soucieux de n'inspirer que des "j'aime" sur les réseaux sociaux et organiser des séances de dédicace, alimentant artificiellement une estime de soi en manque de caresse. Il existe des cabinets de consultation pour ces derniers, et s'il n'y frappent pas pour eux-mêmes, puissent-ils le faire animé du souci hygiénique de nous épargner leur égocentrisme. Que les autres se lèvent, je veux dire ceux qui ont un autre projet que celui d'être applaudi et enrichi tant que c'est encore possible, ceux qui sentent gronder la révolte au ventre plutôt que l'appétit du nombril. C'est la soif d'absolu propre aux idéalistes qu'ils éprouvent en même temps que l'humilité du geste de plus, de l'action solidaire, de la contribution sincère, et leur don en fait des architectes et des guides pour demain.

    créer du frais


    On ne choisit pas d'être un artiste, et bien peu s'en félicitent, tant ils se passeraient des affres de leur condition, mais puisqu'on l'est, je veux dire une fois qu'on a compris qu'on l'était, que ce serait comme ça jusqu'au dernier souffle, autant en être digne, tout le reste est fuite. Comme l'écrivait Camus « Tout artiste aujourd'hui est embarqué dans la galère de son temps… Nous sommes en pleine mer. L'artiste, comme les autres, doit ramer à son tour, sans mourir s'il le peut, c'est-à-dire en continuant de vivre et de créer » .

    Toutefois Camus lui pensait : "Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse." Je crois que la nôtre peut élaborer une alternative. Aussi, créez, mes amis, et créez en conscience, sans crainte de "défaire", soyez les professeurs d'espérance en qui Giono voyait les poètes, plongez sonder l'inconnu où vous a précédé Rimbaud. Créez du frais qui saisisse nos échines comme les petits matins vifs, du nouveau jamais vu jamais osé jamais rêvé peut-être, du radical et de l'audacieux qui racle les gorges et réveille les éclats de rire oubliés, du âpre qui raye la cale des mains et relance le sang, du vivant scintillant comme le front d'un enfant en nage d'avoir nargué le vent à la course...; créez, l'avenir le réclame.

    Alors vous verrez, qui sait, des hommes presque morts au coin des rues lever la tête vers les faisceaux inhabituels de vos oeuvres et redresser leurs carcasses engourdies pour marcher dans leur maigre chaleur, comme on rassemble l'énergie d'un dernier geste vers une promesse devant, au loin, quelque part, on en jurerait, entrevue.

  • Scoop toujours

    En prenant mon café, je feuillette les titres qui font la une sur les réseaux sociaux :

    partout s'y étalent les conclusions anticipées d'un rapport du GIEC qui se trouve être ... toujours en cours d'élaboration.

    Comment en arrive-t-on à publier des scoops en courant après une "actualité" encore non advenue ?

    scoop toujours

     

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  • Abstention massive aux élections en France

    Les Français se sont largement abstenus d'aller voter ce dimanche : de quoi ce comportement est-il symptomatique ?

    Faites une pause

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  • L'appel du 17 juin

    Hier, 17 juin, j'ai revu dans la rue quelque chose somme toute d'extraordinaire, dont le souvenir auréolait patiemment les passants jusque là muets : un visage.

    fin du port du masque

     

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  • Pourquoi informer ne suffit-il pas à tout changer ?

    Informer quelqu'un sur la problématique du climat, entre autres dossiers brûlants à l'heure de l'effondrement, ne suffit pas à le pousser à modifier ses habitudes, d'où l'impression parfois d'alerter dans le vide qu'ont ceux qui ne sont plus à convaincre.

    Voilà de quoi exaspérer ces derniers, dont vous êtes peut-être, qui ne comprennent pas comment on peut encore, après tout ce qu'on a appris sur l'effondrement en cours, continuer à gaspiller, polluer, consommer et encourager le business as usual.

    Deux monde s'opposent alors : les "activistes" prêts à modifier leurs comportements si le salut de la planète ou le leur en dépend; et les "indifférents", par déni ou négligence, qui ne se sentent tout simplement pas concernés.

    Comment expliquer l'inertie dont font preuve "les autres " ?

    comment expliquer l'inertie de certains


     

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  • Comment nous avons inventé la nature

    En prenant mon café, j'apprends qu'une exposition célèbre au musée d'Orsay les "Origines du monde".

    Nous avons inventé la nature

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