A quel stade de l'effondrement en est-on ?

Un effondrement systémique comprend plusieurs étapes.

Il ruine la cohésion sociale ou les institutions politiques, précipite une nation dans la récession économique, prend la forme d'un krach financier... Où en sommes-nous ?

quand tout s'effondre

A quoi reconnaît-on un effondrement systémique ?

L'effondrement de l'ex-Urss a été observé par un ingénieur, Dmitri Orlov, qui en a dégagé 5 caractéristiques précises : quand tout s'effondre, c'est aussi bien l'économie, que la politique, que l'ordre social, que la finance ou le ciment culturel qui nous lâchent.

Certes, l'ordre théorisé par l'écrivain d'après son expérience historique donnée peut connaître des variantes et les étapes s'inverser ou se chevaucher.

Nous devons par ailleurs y intégrer une donnée nouvelle, celle du climat, dont le dérèglement précipite notre effondrement environnemental.

 

A quel stade du risque systémique nous trouvons-nous ?

Toute proportion gardée avec le vécu qui servait de base aux analyses d'Orlov dans son livre "Les 5 stades de l'effondrement", nous avons franchi des seuils cruciaux :

On vient de frôler en pleine pandémie des ruptures de stock commercial et on réalise combien notre économie mondialisée nous fragilise.

La montée du populisme, voire du fascisme, domine l'actualité électorale.

Des émeutes enflamment nos sociétés enclines au rejet de l'autre, galvanisées par un individualisme pulsionnel.

Autant de tensions attisées par leur clivage dû à des inégalités économiques croissantes tandis que les placements bancaires rapportent de moins en moins aux petits épargnants.

Ce mercredi 6 janvier, le Capitole américain a été l'objet d'un coup d'éclat sinon d'Etat, pris d'assaut par des manifestants : un événement symbolique s'il en est de la crise démocratique en cours.

L'économique, le social, le politique, la finance, la barbarie. Et voilà nos 5 "cases" théoriques tout près d'être cochées en pratique. Cela dit, il faudrait selon moi considérer les trois éléments déterminants qui provoquent un effondrement systémique : le facteur temps (la durée où s'enlise chaque crise donnée), le facteur domino (l'inextricabilité des crises), le facteur humain ( l'impuissance des acteurs).

 

Comment comprendre cette intensification des tensions ?

Plus un individu fuit une réalité, plus elle lui revient en force. La même chose se produit à échelle collective. D'où l'avalanche de catastrophes et d'impasses qui désespèrent les humains en lutte tout azimut.

A croire que la civilisation qui dicte nos repères sociétaux et culturels actuels se trouve poursuivie par son ombre. Tant qu'elle refuse de s'y confronter, la leçon se durcit et revêt diverses manifestations. Aussi est-ce dans la violence que lui est asséné le même message implacable : regarde-toi telle que tu es, accepte-le. Fût-ce pour te voir défaillante, monstrueuse et lâche. En même temps rappelle-toi de quel talent tu es capable, apprécie les deux faces de ton ambivalente réalité, la gratifiante comme la honteuse.

La sagesse extrême-orientale exhorte le méditant à intégrer les immondices. C'est ce que nous avons à faire désormais : intégrer ce que nous excluons de l'humain alors que cela même le constitue intrinsèquement. Ou, comme insistait Freud: rappellons-nous enfin qu'il y a aussi en nous Thanatos. Mais notre époque semble ignorer quoi faire du mal qu'elle génère, et nier d'abord la propension naturelle au mal dont l'humanité est dotée tout autant que la pulsion de vie.

 

Qu'est-il permis d'espérer ?

Avisé d'un danger, chacun peut dépasser ses limites. Encore faut-il entendre l'avertissement. Sans doute peut-on compter sur quelque discernement à ce sujet chez nos semblables, sans raisonnablement prétendre que seules des prises de conscience suffisent à enrayer un processus déjà lancé.

Reste l'équilibre général auquel concourt toute énergie en acte. Notre civilisation affaiblie, d'une façon ou d'une autre et surtout qu'elle le veuille ou non, sera rattrapée par ce qui la ronge. Ce qu'on ignore, c'est à quel prix s'accomplira ce destin prévisible. Que sait-on alors ? Deux choses sont sures :

1.L'étape suivante constitue un défi, celui de l'intégration par l'humanité de l'Inhumain qu'elle a renié en elle.

2. On ne rencontre jamais que les épreuves qu'on peut surmonter.

 

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