Jamais sans mon SUV

Sus aux SUV

2e source de croissance des gaz à effet de serre

2e source de croissance des gaz à effet de serre dans le monde d'après l'Agence internationale de l'énergie, les SUV sont aujourd'hui pointés du doigt.

A l'heure de l'effondrement, il apparaît indécent, entre autres incohérences flagrantes de notre temps, de rouler dans ces "Sport utility vehicules". Et pourtant, cette catégorie de voiture se voit encore partout, en ville comme à la campagne, et séduit d'inconditionnels automobilistes. Pourquoi ce succès ?

C'est qu'on choisit une voiture en fonction de paramètres souvent psychologiques, plus que par strict pragmatisme. N'était la nécessité professionnelle en effet, d'un fermier ou d'un garde forestier par exemple, la rationalité en la matière ne règne pas toujours, aussi la politique de transition énergétique n'exclut-elle pas de pénaliser à l'occasion les propriétaires polluants via une taxe. Ce sera le cas par exemple sur le territoire français l'an prochain dès qu'un véhicule dépasse les 1,8 tonnes. Histoire de réveiller les rêveurs.

suvrever

Véhiculer une image

suv

Quelles sont ces motivations profondes qui poussent à poser un acte aussi peu écologique et solidaire que de rouler en SUV ?

Il s'agit d'une part de l'un de ces comportements via lesquels leur auteur brigue un profil socialement prestigieux, compte tenu du prix élevé du SUV. Il s'agit de se démarquer de la masse en affichant d'autre part l'attribut matériel d'un certain idéal de vie au-dessus des contingences. Plus que la berline, d'une noblesse sage et prévisible, le SUV désigne le pouvoir de l'insolence racée. Qui le choisit, s'approprie par identification la décontraction d'une sorte de maître du monde capable de tout envoyer balader.

Signe d'un tempérament que caractérisent à la fois goût du luxe et sens de l'aventure, cet objet de consommation véhicule une image élégante et libre de celui qui la possède. Tant que cette compensation narcissique reste inoffensive, elle ne regarde que son auteur, qu'on espère néanmoins averti que l'industrie automobile ne tient pas d'hier son titre de fabrique d'illusions. La puissance, la vitesse, le volume apparent de l'engin hors-normes rassurent : au volant d'un SUV, sans doute y a-t-il de quoi se sentir invincible.

 

Une mode déclassée

Voilà pour l'image.

Et que ne ferait-on pas pour coller à un portrait de soi aussi flatteur ?

Flatteur seulement d'après des critères devenus complètement caduques. Car désormais, on trouve difficilement aussi ringard et déplacé que celui qui vient se garer de travers en ville, une roue sur le trottoir parce qu'il se considère seul en monde. Sens des responsabilités oblige, à l'heure des prises de conscience planétaires, on n'est pas loin d'assimiler le SUV au grossier avatar d'un ego déconnecté des réalités.

Le virage est pris : il y a de fortes chances que son destin soit d'arborer les parkings de zones commerciales désaffectées, ce à la faveur d'une mutation du paysage urbain qui pourrait bien privilégier les parcours piétonniers  et autres espaces végétalisés, le tout zébré par des lignes de... transport en commun.

suv carcasse

Ajouter un commentaire