Que signifie la pratique du Ghosting dans nos relations ?

Comment comprendre cette tendance actuelle à disparaître sans explication alors qu'une relation est entamée ?

Analyse et conseils de la thérapeute.

je ghoste, tu ghostes... pourquoi nous ghostons ?

Comprendre

Autrefois (oui bon ! je vais faire ma ringarde ) horsmis des cas remarquables de fuite où l'autre ne revenait pas avec les croissants promis en quittant le lit au petit matin, on se séparait en mettant globalement les formes : on prenait un moment pour en parler, voire en décider ensemble, on s'écrivait et on se répondait, ou encore on s'étripait un peu avant de s'arracher l'un à l'autre dans de violents accents dramatiques si besoin... Bref, il se passait quelque chose : il y avait une séquence "rupture" venant clôturer une relation amoureuse ou partie pour l'être avec les meilleures intentions du monde.

Mais quelle utilité cela avait-il ? Un acte était posé en somme et cela avait son importance : comme l'enterrement, lourd de symbolisme, permet de dire au revoir au défunt, la rupture rend possible le deuil d'un investissement affectif. Précisément de plus en plus aujourd'hui, la relation voit cette étape escamotée au point qu'on ne prévient même plus l'autre qu'on s'en sépare. Un terme anglosaxon est devenu d'usage pour désigner quelqu'un qui sort ainsi de la relation sans communiquer à ce sujet avec l'intéressé(e) : "ghost" qui veut dire "fantôme".

 

Il est ainsi devenu courant qu'un "partenaire" rencontré sur les réseaux sociaux mais aussi en chair et en os se dérobe à la première contrariété ou au premier soupir de lassitude que lui inspire la liaison qu'il prétendait tisser.

Pour comprendre ce phénomène, il faut le resituer dans le contexte actuel. La relation a atteint un tel degré de virtualité que disparaître sans explication ni égard envers l'autre se fait en toute impunité émotionnelle. Ne pas se sentir coupable sert en effet une stratégie de déni qui constitue une aubaine pour un tempérament culturellement convaincu qu'il lui est permis de tout sacrifier à son confort. Par ailleurs plus autrui s'éloigne, moins son visage me met en demeure de répondre de mes actes. Or l'atomisation du lien social a favorisé l'indifférence aux affects de l'autre - y compris ceux qu'on pourrait causer. Bref, comment se sentir engagé dans la relation quand le sentiment d'appartenance est lui-même en voie de disparition dans notre civilisation où règne la pulsion égocentrée ?

 

Pour agir

Comme on le voit, ce comportement ne consiste pas seulement à fuir la relation, il consiste à ne pas l'habiter.

D'où la pertinence sémantique de la formule anglo-saxonne. Loin d'être anodin, "ghoster" relève d'une tendance significativement symptomatique : toute confrontation, nécessaire à la vitalité d'une relation, requiert la présence. Sans celle-ci, je ne fais face à personne, même pas à moi-même.

Deux conseils si vous vous sentez concerné :  Tenté de tout lâcher sans explication en face à face, laissez quelque chose à celui ou celle que vous quittez avant de partir. Un mot écrit ou un objet qui fasse sens pour vous deux.

Matérialiser ainsi la relation qui a eu un vécu, c'est la respecter en tant que choix que vous avez fait en la commençant; c'est aussi vous respecter comme être libre de s'engager et pas seulement de se désengager.

L'idéal est de laisser à l'autre tout un instant en partage au cours duquel vous aurez verbalisé tous deux ce que cela représente pour vous, de vous séparer. Ne croyez pas que seul celui qui est quitté en a besoin.

Si vous êtes "ghosté(e)", faites de ce non-acte par lequel l'autre s'est néanmoins manifesté, même de façon paradoxale, la matière de votre travail de deuil : le silence servant la fuite et le refus de la confrontation sont autant d'éléments consistants fournis par celui qui disparaît sur lesquels vous appuyer pour vous détacher à votre tour.

 Il vous faut considérer que son choix lui appartient sans rien dire de qui vous êtes quant à vous, sans vous ôter de la valeur surtout. En revanche, comprenez ce qui a fait pour ainsi dire "velcro" en vous avec ce type de partenaire afin de mieux vous connaître vous-même et éventuellement travailler sur vous à ce sujet.

Il s'agit de bien faire ainsi la part des choses quant à ce qui revient à chacun.

Tout particulièrement, abandonnez à celui qui vous "ghoste" l'illusion de l'insignifiance à laquelle il a cru nécessaire de vous réduire. Pourquoi ? Parce qu'elle le renvoie en miroir à l' inconsistance où il se trouve peut-être pris par lui-même.

bye

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