Les dix commandements du parent confiné

  • Le 05/04/2021
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Lundi 5 avril : les structures d'accueil pour enfants ferment en France, en même temps que le télétravail se généralise, entre autres directives sanitaires.

Un peu d'humour pour soutenir cet effort de gérer la garde de ses enfants dans un contexte aussi éprouvant.

enfants à la maison

Une maman, un papa, voilà des titres bien précis dont les fonctions recouvrent des attributs clairs et relativement définis, à quelques variantes culturelles près : élever, éduquer, nourrir, aimer, protéger.

L'occasion de rappeler un ou deux points :

1. par étymologie, l'éducateur a pour rôle de mener l'enfant à l'extérieur de la sphère privée familiale. Donc dehors. Or "dehors" est un vocable en passe de disparaître du vocabulaire français, et sortir de chez soi, une sorte d'option dérogatoire dans la crise sanitaire que nous traversons. Depuis un an, les parents apprennent à leurs petits à faire leurs premiers pas sur le tapis du salon. Qu'à cela ne tienne, l'horizon attend sagement à la fenêtre de...hm, quand au juste? automne 2021 ? Qui vivra verra.

2.enseigner ne fait pas, n'a jamais fait partie des attributions du parent. L'histoire a ouvert jadis les foyers à des précepteurs érudits qui récitaient le Larousse en XII 12 tomes par coeur ainsi que les noms latins des herbes en pot, et plus près de nous, des professeurs de piano et autres se sont succédé sous les chaumières pour  se partager la charge d'inculquer à nos bambins les rudiments de la grammaire grecque ou du solfège. Mais, depuis que l'idéal international en matière de QI plafonne aux prouesses d'un Homer Simpson, seuls les coachs, en particulier sportifs, ont encore leurs entrées. Bref, enseigner a toujours été l'apanage de meilleurs que nous, parents ignares qui avons oublié jusqu'à l'invention mésopotamienne des mathématiques, et comptons sur le correcteur automatique de Word pour rédiger un mail. De mémoire de cancre, "professeur", "enseignant", "maître", "instituteur", ont été des mots riches de sens, leur titre s'associant à des prérogatives indiscutées pendant des lustres.

 

parent-prof?

Des tas de personnes à la ténacité honorable ont sué sang et eau un paquet d'années sur les bancs d'écoles supérieures pour mériter le droit d'enseigner. A vrai dire, personne n'a jamais émis l'envie que cela change, hors mis quelques avant-gardistes convaincus de détenir une alternative sérieuse au système en place et qui, s'ils font "école" pour le coup, ne prétendent pas qu'un parent en mesure d'enseigner se trouve sous le sabot d'un cheval : cela se mérite. Et d'abord sans doute, cela se désire.

On se demande donc bien sur quoi se fonde l'hallucination, déjà étonnamment manifeste lors du confinement de printemps 2020, selon laquelle la famille devrait soudainement s'y coller pour pallier à la fermeture des établissements scolaires.

Mais soit. Voici les parents des années 20 propulsés au tableau. Bon courage donc! Et pour adoucir l'épreuve, histoire de ne pas devenir chèvre, voici les Dix Commandements du parent-prof et en prime, puériculteur :

 

Jamais devant ni après ton enfant tu ne t'énerveras. Réserve ta fureur contre Pythagore et ses lascars : vous êtes, toi et ta progéniture pris en otage par des millénaires de vénération éhontée et dont il n'est pas exclu qu'on démythifie un beau jour l'enthousiasme très excessif, suite à un metoo tardif (bon, très tardif, on va pas revenir sur ces histoires assez dérangeantes de prescription hasardeuse).

Jamais d'ignorer la formule chimique du manganèse tu ne culpabiliseras, ni de quelque autre symbole atomique ni de quoi que ce soit qui se rapproche de près ou de loin d'un énoncé du genre (Ba,H2O)2M n5O10.

L'humilité ainsi tu cultiveras, en abandonnant aux faibles d'estime de soi et autres premiers de la classe, les secrets obscurs d'anciens alchimistes en passe de toute façon d'être dépassés par l'IA de Google.

Toujours tu définiras de saines priorités pour ton enfant et toi-même en vous interdisant de travailler le vendredi soir, pour pouvoir regarder Khô-Lanta ( ça fait 25 ans et trois grossesses que tu le suis, c'est pas un Covid aux allures de vainqueur qui va changer ça).

De remplacer à toi tout seul la crèche tu renonceras, en te concentrant sur une tâche à la fois car tu n'as pas comme Shiva six ... x bras.

La couche tu changeras, très exactement comme tu sais faire, et sans besoin de youtube pour ça ( fais-toi confiance, bon sang de bois).

Tu ne mentiras point, donc tu diras très clairement à la reprise des cours, si reprise il y a, quel piètre suppléant tu as été à cette fière figure sans égale qui honore ta République, j'ai nommé, le professeur des écoles.

Tu ne jalouseras point les petits copains qui ont vu dans les années 90 grandir tes filleuls et neveux sans rien vouloir savoir de leur bulletin de notes et qui les encourageaient à imiter leur signature de recalé au CP.

A de justes desseins tu consacreras ton énergie de parent comme : savoir la nuit distinguer la poésie des constellations de jeunes satellites imposteurs, raconter pour la quarantième fois au petit dernier l'histoire de Blanche-Neige, réussir la mousse au chocolat, faire rire maman que son ordi vient de lâcher en pleine visioconf avec son boss, étendre la lessive des chaussettes par paire - défi qui aurait ruiné Hercule.

Et après tout ça, une fois les écoles et crèches rouvertes, toi-même libéré mi-mai, tu iras trinquer à ta fierté de père ou de mère comblé(e) en terrasse. Si si, c'est promis. Quoi? on peut rêver. Ah! oui, ça aussi, très important :

D'espérer jamais tu ne cesseras. L'avenir est ce que tu en feras. Du coup, veux-tu bien jeter cet écran où me lire et courir reprendre cette leçon de vélo sans petites roues, on t'attend; et quand le moment sera venu, ce sera pour... aller s'éclater aussi dehors.

 

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