Dehors il y a la guerre

Dehors il y a la guerre

Méditation sur le zafu

dehors il y a la guerre

 

Dehors il y a la guerre, et, près de mon genou à terre, une colonie de fourmis poursuit sa marche entêtée.

Dehors il y a la paix, et c'est pourquoi un nouveau bambou a jailli de la surface du lac dans la nuit.

Quelque part quelqu’un s'adonne à la célébration du thé, un enfant tête, et des hommes en armes se préparent. Tout est à la fois nécessaire et nos jugements sont pétris de peur qui rejettent cet inéluctable courant de l'énergie, qui apporte l'eau vitale dans le même mouvement qu'elle le retire...

Or plus le cœur est bouleversé, plus l'esprit s'agite. Comme la surface de l'eau du lac ce matin. La sueur perle au front soucieux, le sang bout sous les veines éreintées, tout le corps transit d'une fureur fiévreuse dont il faudra bien qu'il fasse quelque chose tandis que la pensée élabore des plans de lutte et de résistance au flux de la vie, qui a toujours raison sur nos entendements limités.

Attention à ce que fait le penseur de la révolte indignée grondant sous sa peau.

Moi, je m'assois. Et je déplie sur le zafu l'amas de pensées.

Il nous appartient de choisir, et j'ai choisi l'accueil. Et aussi de nourrir plutôt en moi des images d'avenir heureux, de joie plutôt que de chaos. J'ai choisi la vie, sous toutes ses formes. Aussi aucun de mes gestes, aucune de mes pensées n'alimentera la peur et la violence, ne fera le lit de la négativité. Face à l'incertitude, la seule réponse qui vaille est l'abandon.

Et le meilleur service que je puisse rendre au monde est mon calme. Quelle mère serais-je si je courais en tout sens en hurlant ma détresse au milieu d'enfants déjà affolés ? Quelle citoyenne de la Terre ferais-je si je me tétanisais à chacun de ses tremblements ou si je m'enfuyais au lieu de sauver mon voisin, le chat, ou l'urne de tes cendres, de l'inondation annoncée ? Quelle compagne donnerais-je à mes semblables si je pleurais avec eux pour nous noyer dans toutes nos larmes ajoutées plutôt que de dénicher la branche, le pont, le moteur, ou le terrier qui nous sortira d'affaire ? Je garde mon énergie pour la sueur, la rage, l'éveil des sens, intuitif calcul pour qui sait ne rien savoir, pour qui a abdiqué tout espoir de contrôle sinon sur soi-même.

Dehors il y a ce qu'il y a. Rien qui soit conçu selon mon désir propre et pourtant chacune de mes pensées, chacun de mes désirs, de ce que j'émets dans la danse cosmique a des chances de dessiner un joli rond dans l'eau où resplendira demain une lumière chaude et ensoleillée sous le rire des pêcheurs partis au matin.

Au -dessus, s'étend un ciel profond dont l'horizon égale le champ des possibles.

Tout y est paisible.

Même à l'instant où se décide l'orage.

un rond dans l'eau

Qui suis-je ?

Catherine Verne

Auteure du guide " Quand tout s'effondre : comment se reconstruire ?" paru aux Editions Libre&Solidaire et élu Coup de coeur 2020 en psychologie par les bibliothécaires de Paris, j'exerce en ligne et dans le Sud de la France.


Issue de la filière Khâgne, diplômée de philosophie, j'ai commencé à enseigner à 23 ans en classes préparatoires et dans le supérieur avant de devenir psychothérapeute. Essayiste, j'ai coécrit avec des auteurs engagés comme Serge Latouche "Ce que nous dit la crise du coronavirus" (Editions Libre&Solidaire).

Philosophe de formation, je prête en effet une attention sensible à notre monde en mutation. Doublant cette perspective intellectuelle de mon expertise en éco-anxiété, j'ai mis au point un accompagnement thérapeutique spécifique face à l'angoisse de mes contemporains éprouvés par la crise civilisationnelle en cours et l’effondrement du mode de vie thermo-industriel dans un contexte de réchauffement climatique. 

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