Fichage des opinions

  • Le 11/01/2021
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En prenant mon café, j'apprends qu'une loi est passée, en vertu de laquelle peuvent désormais être fichées les opinions philosophiques de chaque citoyen, ses croyances religieuses ainsi que ses données de santé considérées comme dangereuses. Voilà qui pose la question de savoir à partir de quand une vie intérieure est subversive, et pointe quelle indigence morale caractérise notre crise psychique.

Okcam 1

Le mal n'est jamais dans la pensée, pas plus que dans le désir ou le sentiment. Le mal, socialement parlant, celui qui intéresse le juridique, est dans l'action.

Pas de crime sans passage à l'acte.

Ce n'est pas le croyant qui inquiète, c'est le radicalisé et le gourou.

Ce n'est pas le penseur qui menace, c'est l'idéologue dissident et le fanatique.

Ce n'est pas le fragile mentalement qui perturbe, c'est le pervers et le psychopathe.

Ainsi devrais-je pouvoir me passionner en toute tranquillité d'esprit pour l'ontologie heideggerienne ou le gai savoir nietzschéen sachant que cela ne signifie pas pour autant adhérer à l'idéologie national-socialiste. Je peux en secret brûler d'un vif fantasme pour la femme de mon meilleur ami et rester fidèle aux valeurs sacrées du mariage. Je peux haïr mon voisin sans céder à l'opportunité répétée de le trucider dans l'ascenseur etc.

Ficher un sujet pour ses opinions, outre que cela brime la liberté de penser, c'est supposer que l'humain est réductible à sa vie intérieure notamment pulsionnelle, à ses idées dont l'usage lui échapperait. Car ce qu'on redoute surtout c'est qu'il ne soit pas en mesure de distinguer principe de plaisir et de réalité et de se con-

trôler en société. Voilà qui l'envisage hélas tronqué de sa part raisonnable. En sommes-nous là ? Dénués de discernement et de pouvoir sur soi ? Substituer au surmoi des caméras intro-surveillantes, c'est infantilisant mais devoir en arriver à ces extrémités en dit long sur notre crise psychique : comment se fait-il qu'il faille envisager d'emblée l'humain comme sous-équipé, moralement défaillant à se contenir ? Aucun garde-fou artificiel ne le dédouanera d'un procès intérieur qu'il faut se garder de trop externaliser. On est toujours responsable de ce dont on ne se montre pas capable de s'empêcher : maltraiter, nuire, détruire. Puisse-t-on demeurer libre des rages meurtrières qu'on contient, d'envies surmontées de tout casser et autres monstruosités- latentes- dont aucun oeil poursuivant Caïn ne sera jamais témoin.

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