L'appel du 17 juin

  • Le 19/06/2021
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Hier, 17 juin, j'ai revu dans la rue quelque chose somme toute d'extraordinaire, dont le souvenir auréolait patiemment les passants jusque là muets : un visage.

fin du port du masque

 

Le gouvernement français a annoncé sa décision de mettre fin jeudi 17 juin 2021 à l'obligation de porter le masque en extérieur. Cette levée de la consigne sanitaire est largement applaudie, tant elle soulage des millions de citoyens qui se sentaient muselés depuis plus d'un an dès qu'ils franchissaient le seuil de leur domicile. C'est que l'impact mental de ce à quoi ils ont ainsi été contraints des mois durant n'était pas négligeable.

J'y ai consacré plusieurs analyses sur ce blog, en interview ou dans la réflexion collective d'un ouvrage engagé. Aussi redécouvrir les visages des passants procure-t-il un effet à la mesure de l'abnégation endurée jusqu'à cette délivrance tant attendue. Tout le monde était sur des starting block, tant du côté des professionnels tels les restaurateurs que de certaines tranches d'âge de la population, la jeunesse en tête. Enfin, on peut circuler ... tout simplement le nez en l'air.

De quoi donner rétrospectivement à ce qu'on a vécu des allures de cauchemar hollywoodien tiré d'un film de science-fiction. On se rappellera en tout cas des années 2020, moins folles que dingues. Et, si elles ne sont pas finies, au moins dispose-t-on d'une bouffée d'air frais où se plonger en ce début d'été.

Voilà qui fait du bien au moral et aux bronches. Pourquoi est-ce si significatif d'un point de vue psychique ? Pour plusieurs raisons. D'abord, notre cerveau répondant aux stimuli visuels, il nous fallait pouvoir nous nourrir de spectacles et d'interactions expressifs, qu'une foule masquée n'était plus en mesure de fournir adéquatement. Ensuite, n'étant plus privés de visages à contempler, nous nous reproposons des échanges non-verbaux qui sont facteurs d'équilibre nerveux, du simple fait de nous reconnaître entre semblables.

La charge émotionnelle d'un environnement constitué de visages découverts est d'une portée inestimable. Il s'y joue quelque chose de notre propre posture identitaire, par miroir. Pas seulement pour des raisons d'identification mais en termes d'appartenance socio-culturelle. Vivre ensemble a à voir avec un sentiment de proximité, voire de parenté par delà les différences, qui est véhiculé par l'échange d'informations d'un corps à un autre, et d'un visage à un autre. Toute cette communication, qui a lieu inconsciemment dès que nous croisons quelqu'un, cimente notamment la cohésion citoyenne. La solitude de passants embarqués dans des trajectoires parallèles atomise au contraire le tissu social. Pendant plusieurs mois, le port du masque a opéré comme une effraction dans ce tissu ténu et fragile. Vive les sensations retrouvées qui nous rappellent à notre commune humanité.

Bas les masques

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