"Les enfants de l’ombre et autres nouvelles" de René Barjavel.

à livre ouvert

Chronique de Catherine Verne

Célèbre auteur du roman futuriste "Ravages", René Barjavel a d'abord écrit des nouvelles dont le présent recueil renferme quelques-unes : "Le prince blessé", "Les enfants de l'ombre" et "Béni soit l'atome". Des histoires qui relèvent plus du conte philosophique que de la science-fiction, avec pour thèmes de prédilection la déshumanisation, la souffrance amoureuse, l'excès technologique. Le style est poétique, et pas seulement fantastique: "Le prince blessé" vit dans une Bagdad rêvée où un Khalife s'aide d'un Génie pour initier son fils à la fréquentation dangereuse des femmes, un des "enfants de l'ombre", une fillette au coeur pur, sauve un ange maltraité par les adultes, et les hommes qui bénissent l'atome commencent leur aventure en errant autour de la Terre dans un stratobus sorti de ses rails. Avec humour, poésie, sagesse, le regard sans concession de l'écrivain de nouvelles est aussi lucide que celui du romancier: il dénonce ici les dérives du progrès, l'imperméabilité des Hommes aux leçons tragiques de l'Histoire, la perdition des adultes désenchantés.

Toutefois l'espoir subsiste toujours, ténu, fragile, en la résilience, surtout concernant les plus jeunes et ceux qui sont encore capables de s'émerveiller.

A mettre donc entre les mains de "vieux" croûtons incorrigiblement contaminés par la perversion du système, des fois qu'une étincelle à la lecture les secoue de leur léthargie béate - les miracles existent. Les tout-petits quant à eux n'ont nul besoin qu'on leur rappelle que la poésie anime la vraie vie, ils verraient dans ces nouvelles quelque chose de l'ordre plat du reportage. On veillera en revanche à ce qu'ils ne grandissent pas imbéciles en leur mettant sous le nez la fable du "Prince blessé" à titre préventif, dès les prémices de l'âge bête. Une piqûre de rappel à l'âge adulte enfin ne fait jamais de mal.

Bref, voilà un ouvrage à prescrire largement tant il est d'utilité humanitaire à la veille des "Ravages" annoncés, et qui sait... pour faire justement mentir le formidable visionnaire.

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