L'arme poétique

En prenant mon café, tout à la relecture de Rilke, je mesure combien notre époque en détresse réclame la poésie. lire la poésie


 

La poésie, une arme de construction massive.

Sappho disait : "J'ai servi la beauté. Y a-t-il au monde chose plus grande ?" Non, sans doute, bien que le choix de l'esthétisme puisse passer pour une façon de quitter la réalité. S'agirait-il pour le poète de bâtir un refuge où se mettre du beaume au coeur en se dorlotant loin de l'hostilité bruyante ? Quoi ? servir la fuite du monde réel pour s'inventer un confort illusoire ? C'est croire l'artiste, exilé dans un paradis artificiel digne des baudelairiens, dupe d'un mensonge qu'il se raconterait à lui-même. Dans ce repli même, son langage aurait l'acuité des sincérités âpres, celles qui font du poète, qu'il le veuille ou non, un scribe, un passeur, un conteur inlassable ... de vérités.

Non, non, il faut qu'il soit possible de créer du beau et du vrai à la fois. N'en déplaisent aux marchands du temple consumériste, qui ont inventé la brillante imposture de la pacotille où ce qui est beau, l'est pour mieux tromper. Et tant pis pour les savants qui n'ont jamais su émouvoir, tout à la sécheresse d'un phrasé utilitaire qui explicite tout autant qu'il désenchante.

La poésie, quand elle sert la beauté, ouvre aussi au mystère.

Et pour ne rien nous épargner de nos souffrances, elle ne manque pas de nous apporter émerveillement et consolation. Peut-être y parvient-elle du simple fait de chanter dans la langue commune à tous les Hommes, celle de l'émotion, précisément sans mentir, et fût-elle infiniment triste, cette émotion, ce qui fait comme on sait depuis Musset, les chants les plus beaux. 

La poésie revêt ainsi force d'alliance entre les semblables que nous sommes, également jetés au monde et également épris d'absolu.

Son chant ému rassemble les Hommes.

Aussi écoutera-t-on volontiers qui vient nous parler de nous : où nous en sommes, de quoi nous avançons lourds ensemble et comment faire de ce qui nous désespère d'arriver, une porte. Le poète engagé sur cette voie, c'est véritablement, selon la très belle formule de Giono, celui qui professe l'espérance.

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