L'horizon

Agir pour les enfants

"Je veux, dit-elle, des roses en décembre et des violettes à mes pieds, en toute saison fouler des parquets fleuris, et quand le caprice m'en prendra, d'un saut rieur, chevaucher un tapis de nuages survolant les cimes, loin des tragédies que de petits hommes abrutis fomentent en dessous.

Et je regarderai onduler les rames de feuillages odorants à ma couche où tu dors, encore, tout à la quiétude de l'enfance.

- Mais c'est ici que nous devons vivre, l'oublies-tu ?

Elle lève sur moi un gai regard tout en rassemblant des crayons et des gouaches, des ciseaux de tailleur, des compas d'architecte et autres ingéniosités créatives qu'elle jette joyeusement sur une planche de verre entre deux tréteaux au bois épais.

- Alors je bâtirai demain pour qu'il contienne tout cela : et les fleurs, et les nuages, et ton sommeil de rêveur, et les dérisions humaines -quoique mieux contenues, en jeux inoffensifs-, celles-là qui harcèlent l'équilibre du monde dont elles croient décider au mépris des coeurs tendres.

- Et si l'horizon toujours s'en dérobe, sous l'obscure inertie des heures? S'il faut chaque matin en refaire ce que la nuit en a éparpillé en désolation, en nuées de cendres?

- Alors je dessinerai même l'horizon.

Et si ce n'est pas l'horizontalité qui est menacée, si l'axe des jours vacille inlassablement, inlassablement je m'arcbouterai pour reformer les lignes qui tiennent debout notre verticalité.

Je ne serai pas la seule, nous sommes des mères innombrables à ta suite, dévouées gardiennes de la vie. Elle connaît notre appel.

Si la rondeur enfin du globe s'étourdit de tourner à vide sur elle-même, j'en articulerai la danse autour d'un point exprès jailli de source pour, un petit centre immuable et délicat comme le bouton des roses en décembre.

Et elle ouvre mes bras repliés de peur sur mon ventre.

- Là, montre-t-elle, où tu dorlotes ta belle vulnérabilité dont l'envers est une puissance sans mesure, qui ne craint ni les faiseurs de tempêtes ni les adorateurs du chaos. Là même en creux, puisant aux forces les plus pures et les plus inaltérables, se tient ce nombril qui sépare les nouveaux-nés de leur origine moins qu'il ne les affranchit de toute entrave, la cicatrice qui rappelle l'urgence des départs et combien nous importe en tout commerce, avant tout, la chaleur du lien.

Cette ancre insondable dans les plis de ta chair te relie à l'infinie promesse du plus vaste espace. Et entre eux deux s'étend le champ des possibles...

... où tracer le plan de la maison."

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